Education bienveillante : un chemin à la rencontre de son enfant... et de soi-même.



L'éducation bienveillante, l'éducation positive, la discipline positive... On en entend beaucoup parler depuis quelques années, et pourtant j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de confusions à ce sujet.

De quoi parle-t-on quand on parle d'éducation bienveillante ?


Je ne prétends évidemment pas détenir la vérité mais je peux vous parler de ma vérité, de ce qu'est pour moi l'éducation bienveillante, de comment elle a changé ma vie, et de comment j'accompagne aujourd'hui les parents sur ce chemin.



Mon expérience de l'éducation bienveillante :


Il y a 5 ans, quand j'ai ouvert pour la première fois un livre d'Isabelle Filliozat, je n'ai même pas lu un tiers du livre avant de le refermer et de ressentir beaucoup de colère envers cette auteure très connue dans le domaine de l'éducation bienveillante. Plus je lisais ce livre, plus j'avais l'impression d'être la pire mère du monde : je criais sur mes enfants, j'avais même déjà donné une fessée à mon aîné, je me sentais donc jugée comme étant une mauvaise mère.


Et puis, je suis arrivée un peu par hasard dans un atelier à la parentalité et là mon regard a totalement changé sur l'éducation bienveillante. Je l'ai compris plus tard, ce qui m'a permis de changer de regard, ce ne sont pas vraiment les outils relationnels que j'étais venue chercher lors de cet atelier, c'est quelque chose de moins visible, de moins conscient....


L'animatrice de cet atelier m'a en fait permis de sortir de la culpabilité inconsciente que je ressentais. Elle a accueilli la maman que j'étais, la petite fille qui était aussi toujours en moi, avec énormément de bienveillance. Elle a su voir et nommer mes réussites, et m'a rejointe dans mes zones de vulnérabilité avec bienveillance et sans jugement.

Il y a depuis, cette phrase de Nelson Mandela qui résonne beaucoup en moi : " je ne perds jamais, soit je gagne soit j'apprends " et que je trouve tellement en lien avec l'éducation bienveillante !


L'éducation bienveillante, c'est avant toute chose apprendre à s'écouter et à être bienveillant avec soi-même ! Et çà, c'était tellement nouveau pour moi.


Que signifie " s'écouter et être bienveillant avec soi-même?"

En réalité, ça n'était pas Isabelle Filliozat qui était culpabilisante dans ses livres, c'était mon propre regard sur moi-même qui manquait cruellement de bienveillance. La culture dans laquelle nous évoluons, le système scolaire, le système familial, puis plus tard l'entreprise nous apprennent souvent le contraire de la bienveillance et de l'écoute de soi : on est récompensé pour ses réussites, et jugé voire même puni pour ses erreurs ou ses échecs.


Comment dans ces conditions peut-on se permettre de se tromper ? Comment s'autoriser à avoir des failles ? Dès qu'une faille émerge, la culpabilité nous ronge de l'intérieur, et la dissonance cognitive fait le reste pour que surtout l'accueil des sentiments et des besoins ne puisse se faire. On apprend alors très jeune à se couper de soi-même...


Un parent qui crie sur son enfant c'est en général un parent qui n'a pas su s'écouter. On peut prendre un exemple dans lequel beaucoup se reconnaîtront: après une journée de travail, où parfois on ravale sa colère contre un collègue, contre son responsable, on arrive le soir à la maison fatigué avec un besoin le plus souvent inconscient de tranquillité. Et là que se passe-t-il ? On retrouve des enfants surexcités, pleins d'énergie, qui ont eux aussi vécu beaucoup d'émotions, des joies comme des frustrations dans la journée... Au départ, on essaie d'expliquer, on essaie de rester patient (on continue de nier son besoin de tranquillité), mais le ton monte, et ça se termine en disputes, en cris, en pleurs...

Nous avons, à réapprendre à nous écouter, à être dans un accueil bienveillant des sentiments enfouis en nous et des besoins qui en découlent. Et c'est en faisant ce chemin pour soi-même qu'il devient alors beaucoup plus facile d'être véritablement à l'écoute de ses enfants.



L'éducation bienveillante et l'affirmation de soi :


Certains parents ont cette croyance que l'éducation bienveillante est synonyme de laxisme, car s'ils ne peuvent plus crier, menacer, punir, que leur reste-t-il alors pour se faire respecter ?


Je rencontre aussi à l'inverse beaucoup de parents, déjà engagés dans l'éducation bienveillante, qui sont convaincus que crier et punir ne servent à rien et sont préjudiciables (et je les rejoins sur ce point). Leur tendance peut alors être de ne plus oser dire ce qui ne leur convient pas car ils craignent de rentrer dans des conflits (se maintient alors ce système de négation des sentiments déjà tellement bien connu).


Alors, bien sûr, ils tentent d'expérimenter les outils relationnels de l'éducation bienveillante, parfois ils fonctionnent, et d'autres fois non. Pourquoi ?


D'abord parce que les mots dans la communication représentent à peine 10%. Ce qui compte par-dessus tout c'est le non-verbal, ce qui n'est pas dit et qui est pourtant tellement présent: les mimiques, la posture, l'intonation, les gestes... Tout cela trahit immanquablement notre monde intérieur et nos intentions.


La seconde raison c'est que l'éducation bienveillante, contrairement à certaines idées reçues, ne signifie pas la fin des conflits.

L'un de mes objectifs est justement aujourd'hui d'accompagner les parents à regarder en face leur peur des conflits, et à s'affirmer. Ils expérimentent pas à pas comment faire des demandes claires et alignées avec qui ils sont. Les reproches permettent réellement un rapprochement quand ils sont adressés sans agressivité et connectés à nos besoins.


La bienveillance n'est rien sans la conscience :